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Analyse et perspective post Sainte Victoire

Publié le par yanshkov


Ou comment faire 50km de trail sans entraînement (ou presque) ...


Petit retour sur les 4 mois précédant le Trail de la Sainte Victoire

 


Décembre 2008 : 15ème kilomètre de la Saintélyon, grosse douleur au mollet droit, je suis contraint à l'abandon . Diagnostic : déchirure !

Janvier 2009 : je reprends l'entraînement après 24 jours d'inactivité, par une sortie vélo de 50km . Par contre je repousse la reprise à pied car il y a toujours une gêne au niveau du mollet au cours de la journée .
Je tente un footing de 15' le 16/01 mais la douleur est toujours présente . J'essaie encore quelques jours plus tard mais ça ne passe pas ... Je décide de repousser de quelques semaines la reprise . Heureusement j'ai le vélo et je recommence les aller-retours pour aller bosser . En parallèle je continue la rééducation chez la kiné .

Bilan : 8 aller-retour boulot-vélo + 3 entraînements d'un peu moins de 2h soit 544km de vélo, tout plat sur le petit plateau 
14km de footing 
une rando de 24km avec un peu de dénivelé 1200m+
  

Février 2009 : toujours les aller-retours boulot-vélo, 3 fois par semaine et deux sorties longues en vélo de 3h et 4h . Mais le moral n'y est plus, je n'arrive toujours pas à courir, et les médecins n'arrivent pas précisément à me dire ce que j'ai ... J'annule les premiers trails auxquels je devais participer et je commence à remettre en question les objectifs estivaux . Psychologiquement c'est dur, je ne fais plus trop gaffe à ce que je mange et je suis à +5kg du poids de forme . J'ai vraiment l'impression de n'être plus bon à rien ...

Bilan : 12 aller-retour boulot-vélo + 2 entraînements longs avec des cols soit 732km 
quelques tentatives de footings très vite avortées !

Mars 2009
: je retrouve petit à petit la motivation . L'IRM n'a rien montré de grave et la gêne au mollet est de moins en moins présente . Ainsi je rallonge quelques fois mes retours vélo du boulot et je fais une fois par semaine une longue sortie de 4h, au cardio, pour bosser le fond mais aussi commencer à perdre les kilos pris durant l'hiver (4h avec une seule banane comme ravito, ça fait perdre un peu ...)
A pied j'arrive enfin à enchaîner les footings et je décide même très rapidement de me lancer sur des parcours trails pour faire du dénivelé . Je cours ainsi à 13 reprises durant le mois mais ne dépasse pas 1h10 . Il n'y a quasiment plus de gêne mais les sensations sont mauvaises . Impossible de courir en côtes, les descentes sont pénibles . Mais l'envie est là et le moral revient, en même temps que les jours rallongent et que les températures augmentent ! 

Bilan : 13 aller-retour boulot-vélo + 4 entraînements longs de 4h avec des cols soit 1180km
130km à pied (enfin !!!) et 2900m+ 
une rando de 11km et 635m+

Avril 2009
 : je décide de prendre le départ du Trail de la Sainte Victoire pour faire les 20 premiers kilomètres sur le mode rando/course et ce malgré des sensations vraiment pas top et même une légère douleur au tibia à la suite d'un footing sur route un peu (trop) appuyé . Mais le week-end du 4 et 5 avril est réservé depuis de longue date et je ne veux pour rien au monde rater ce rendez-vous avec les potes .

En résumé je me présente au départ du trail avec un très bon kilométrage en vélo, tout sur le mode endurance et tout juste 3 semaines d'entraînements à pied à peu près régulier mais sans aucune séance VMA ou seuil . J'ai un peu fondu et je n'ai qu'entre 2 et 3 kg de trop . Au sujet du poids j'ai constaté qu'autour de 66kg, je n'attrape pratiquement pas de rhume (aucun cet hiver) mais par contre les sensations en courant sont très mauvaises avec des douleurs aux articulations, notamment celles des genoux . Le problème disparait quand je me rapproche du poids de forme (62kg) mais je suis alors un peu plus fragile . Au départ à Rousset, je suis tout juste entre les deux . 

Alors comment avec un entraînement si sommaire ai-je pu réaliser une assez bonne performance, en tout cas au-delà de mes espérances ? 


Quelques éléments de réponses :

1.l'approche de la course : pour moi c'était clair au départ, je ne devais faire qu'une vingtaine de kilomètres, en prenant mon temps, sans souci de classement . Ainsi je n'ai pas ressenti l'habituel stress d'avant course, celui qui vous fait faire la queue aux toilettes !! 

2.les premiers kilomètres : je suis parti assez doucement, sans me soucier de la tête de course, un peu comme je l'avais fait sur les Templiers mais encore moins vite . Pour moi c'est clair, les tous premiers kilomètres d'un trail sont un moment crucial dans la suite de l'épreuve et ce malgré le kilométrage . Je crois me souvenir que Jerôme Trottet, ancien vainqueur des Templiers et de la Saintélyon disait que l'un des 3 endroits stratégiques de ces courses était le premier kilomètre . Je suis assez d'accord avec lui et je suis persuadé qu'il est possible de compromettre un ultra juste à cause d'une allure trop rapide sur les 2-3 premiers kilomètres .

 

3.la gestion : quasiment parfaite !! je n'avais pas de cardio mais j'ai fait l'essentiel de la course sans forcer et en ne me mettant a priori jamais dans le rouge . Une toute petite accélération au sommet de la dernière ascension et une autre dans les 2 derniers kilomètres .

4.le mental : une météo parfaite et un parcours de toute beauté, ça aide, malgré la difficulté de l'épreuve . Mais ce qui m'a le plus "aidé", c'est quand j'ai commencé à doubler des concurrents un peu avant la mi-course . Psychologiquement je me suis senti pousser des ailes et ce jusqu'à la fin de l'épreuve . J'ai vraiment eu l'impression que quelque chose me poussait !  

5 .le physique : malgré les 3 mois sans courir, j'ai été capable de faire ce que j'ai fait puisque .................. je l'ai fait !! (vous suivez ??) . Ainsi l'importance du vélo est encore une fois démontrée . Le passé sportif ainsi que des dispositions naturelles à la course à pied jouent aussi un rôle prépondérant dans ma performance . J'ai passé un cap important en 2008 lors de ma première année consacrée au trail longue distance et j'en ressens aujourd'hui les bénéfices (aussi bien physique que mental) . Au niveau de la "caisse", le test effectué la veille du Trail de la Sainte Victoire lors du Trail Expérience by Asics a révélé une VMA de 17.85 km/h . Pas mal quand on sait que je n'ai pas fait une seule séance spécifique depuis le .............. 19 octobre 2008 ! 
Reste le problème des crampes aux adducteurs que j'arrive cependant assez bien à surmonter . Sur le TSV j'ai bu tout de même 5L d'eau et consommé toutes les heures un comprimé de sporténine .

Que m'a apporté le Trail de la Sainte Victoire ?

 
1. Du plaisir ! Un excellent week-end passé avec les potes et la satisfaction d'avoir couru sans bobo une magnifique épreuve, que demander de mieux ?

2. Un gros moral pour les prochaines échéances .

3. La perte des derniers kilos superflus .

4. Les points 2 et 3 font que je me sens prêt pour attaquer un gros programme d'entraînement pour le prochain objecif .

En 2008, j'avais participé au Trail du Tour de la Grande Casse en ne me décidant que 2 jours avant alors que la forme n'était pas là et le moral pas trop . J'avais couru sans ambition et pas trop mal figuré quand même . Après une période de 10 jours de repos, j'avais alors entamé ma prépa Templiers, en pleine forme ! J'en conclus qu'il me faut participer à une épreuve longue et assez difficile afin de me "décoincer" avant d'attaquer un plan d'entraînement . Habituellement, une course de prépa est conseillée en milieu de plan ou 1 mois avant l'objectif . Chez moi la course de prépa courue cool c'est avant de commencer le plan d'entraînement . 

Alors la suite c'est quoi ?

Après une bonne semaine de repos avec du vélo, du Compex et une rando sur 3 jours avec Murielle et l'âne Séraphin, j'ai repris à pied avec d'assez bonnes sensations .

 


de mi-avril à fin mai, travail axé sur la VMA et le seuil, il faut que je retrouve de la vitesse . En ce sens, je participerai au Trail de Douvres le 3 mai et au Merrell Oxygen Challenge du 21 au 23 mai, sur le format court . L'objectif sera de se donner à fond !! 

en juin, entraînement basé sur le dénivelé et la vitesse spécifique ultra avec entre autre un wek-end choc dans le Beaufortain le 20 et 21 juin .

début juillet, repos avant le premier objectif de l'année : 
 


Initialement j'avais prévu de faire l'ultra 6000D fin juillet mais après mûre réflexion j'ai décidé d'opter pour l'Annecime, un peu plus court (80km contre 110km) et 2 semaines avant . Je pourrai ainsi participer au Trail du Galibier le 23 Août avant d'attaquer la prépa Templiers .


Et cette année, je ne risque pas de me "déchirer" sur la Saintélyon puisqu'au moment où le départ sera donné, je serai dans l'avion direction le Kenya . Au programme 15 jours de trekking avec ascensions du Kilimandjaro et du Mont Kenya ...

Publié dans entraînement

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Trail de la Sainte Victoire

Publié le par yanshkov

Quand j'ouvre les yeux ce dimanche matin, il est tout juste 6h . Il fait encore nuit noire et j'entends Malik alias le Troll et Romain qui s'activent déjà à l'extérieur . On a prévu de décoller du camping vers 7h alors je sors rapidement de la tente mais laisse Murielle à son sommeil . Un petit café en sachet, pas terrible en passant et une part de gâteau sport Maxim font office de déjeuner . Je m'habille rapidement, traditionnelle combinaison rouge et blanche des Passe-montagnes et, nouveauté 2009, des manchons de contention blanc et un bob ! Une fois Murielle réveillée, on plie les tentes et rangeons sommairement les bagages dans la Kangoo . Romain, bien concentré, finit sa minutieuse préparation tandis que Malik est tranquille malgré une nuit quasi blanche ! Moi je suis juste un peu inquiet par rapport à mon tibia un peu douloureux depuis mon footing sur la route de jeudi et j'espère que je pourrai aller jusqu'au premier ravito, après 20km de course . De toute façon avec l'hiver que je viens de passer je ne me vois pas aller au bout des 50km et 2800m+ annoncés ...

On arrive à Rousset une petite demi-heure avant le départ et nous garons sur un parking à quelques centaines de mètres de la grande salle polyvalente . Romain me propose de courir un peu mais je n'ai pas trop envie . Je vais partir cool alors pas besoin de m'échauffer, je le laisse donc faire monter les pulsations tout seul . Dans les ruelles, on croise pas mal de coureurs en train de trottiner et je salue Niko et Pilou à qui je souhaite bonne course . 


On fait quelques photos entres potes puis il est temps de rentrer dans le sas de départ . On est nombreux et j'ai perdu de vu Romain qui s'est installé un peu plus à l'avant . Moi je suis noyé dans la masse des 400 coureurs, prêt à partir à l'assaut de la Sainte Victoire .  


8h03 pétante !! Le départ est donné . Il me faut quelques secondes pour passer sous la grande arche bleue Asics et prendre mon rythme de croisière . Je n'ai pas l'habitude de partir en milieu de peloton comme ça, si tranquillement mais j'ai pas le choix, l'objectif étant de faire une belle rando de 20km et de profiter du paysage au maximum . D'ailleurs, j'ai l'appareil photo avec moi, accroché à la bretelle de mon sac à dos, où hormi 1.75L de flotte, je n'ai emporté qu'une banane, une pâte de fruit et un gel énergétique, au cas où ... 

Nous empruntons une large route pour sortir de Rousset et je vois au loin s'éloigner des petites grappes de coureurs . Je reconnais Pilou juste devant moi et on commence alors à discuter un peu . C'est drôle, mais depuis hier on a l'impression que l'on est tous sorti de notre écran d'ordinateur pour se donner rendez vous ici entre blog-potes ! 

Arrive le premier single-track, dans un sous-bois puis un passage technique sous un pont où il faut passer sur une planche dressée au dessus d'un petit cours d'eau . Attention ça glisse ! Ca bouchonne mais c'est pas grave ...


Y'a pas le feu de toute façon ! Encore un peu de route puis nous attaquons un chemin peu technique mais légèrement montant . Je me sens bien, le ciel est magnifiquement bleu et le paysage est grandiose . Un décor style far-west par moment avec des roches couleur feu mais aussi des vignes et l'imposant massif de la Sainte Victoire en toile de fond . Cette première partie est plaisante et je me régale, toujours en rythme rando-course, en marchant dès que ça monte et en trotinnant dès que possible . J'ai l'impression d'appartenir à un long serpent multicolore et je me cale sur le rythme de celui qui me précède .


Ca fait presque 45 minutes que nous sommes partis et l'idée d'aller au bout des 50km commence à germer dans ma tête . Les sensations sont bonnes, ma respiration est facile et aucune douleur ne vient gêner mon début de trail . Alors pourquoi pas ? En marchant et en courant de temps en temps, ca peut le faire et tant pis si je mets 10h ... J'attrape une banane au fond de mon sac et profite d'un nouveau petit bouchon dans un raidillon pour manger . Je me souviens alors que j'ai dans une poche un tube de Sporténine . Je l'ouvre et constate qu'il est quasiment plein . C'te chance ! Allez je croque un comprimé !  Cette première partie, assez roulante dans l'ensemble, nous amène sur le plateau de Cengle puis au Collet de Suberoque où se tient un petit ravito en eau . Juste un verre et je repars .

Nous arrivons dans la première bosse sérieuse du parcours . Je lève les yeux vers le sommet et vois tout la haut des petits points de couleur se déplaçant à travers les rochers . Au moins on sait à l'avance par où l'on va passer !


Je vois bien que je suis "facile" par rapport à la plupart des autres concurants qui m'accompagnent mais pour autant je ne cherche pas à doubler coûte que coûte . Je monte à leur rythme et continue comme depuis le début à boire régulièrement . Faut dire qu'il commence à faire chaud et qu'il risque d'y avoir des dégâts sur les coups de midi ... Ce qui m'impressionne aussi, c'est la gentillesse des nombreux bénévoles placés ça et là sur le parcours . Toujours un mot d'encouragement, je ne vois vraiment pas comment je pourrai mettre la flèche au premier ravito, alors que je prends un plaisir énorme à "trailer" et ce pour la première fois depuis 5 mois . Le passage au refuge Baudino permet de relancer un peu, sur un tout petit sentier en balcon . Puis se dresse le fameux passge du Pas du Clapier . C'est de l'escalade .


Il faut mettre les mains et chercher les bonnes prises . Technique mais d'un point de vu cardiaque j'ai l'impression que c'est reposant . Je ne peux pas vérifier cette hypothèse puisque je n'ai pas de cardio-fréquencemètre . Ben oui quoi, pas de cardio pour une ballade !!   

Au sommet nous attaquons une arête avec au fond la Croix de la Sainte Victoire .


Faut faire gaffe où l'on met les pieds, c'est une sorte de gruyère que les roches forment sur le sol ... Je ne suis pas trop à l'aise sur ce passage mais ma fraîcheur physique me permet de passer sans dégat . Un oeil sur l'altimètre et je constate que nous avons fait presque 1000m+, soi un peu plus du tiers de ce qui nous attend ... Mais c'est décidé je n'arrêterai pas aux Cabassols où se tient un ravito solide et où doit se trouver Murielle . J'ai trop envie de profiter de ces instants magiques . Et le mysthique passage au coeur du Prieuré en est un . La descente sur les Cabassols me rassure un peu plus sur mon état physique car j'arrive à me relâcher et je double même un peu . Il y a beaucoup de randonneurs en contre-sens, partis sac au dos à l'assaut de la montagne Sainte Victoire . L'un d'eux m'annonce le ravito à 200m et à la sortie d'un virage se dresse une grande table pleine de victuailles .


Il y a du monde et ma chérie est là  : 

"Je finis ! Sinon je crois que je vais le regretter toute ma vie ... "

 

J'aperçois Franck Bussière et je vois dans son regard qu'il approuve ma décision . Je ne me vois pas abandonner, en pleine possession de mes moyens alors que lui a dû se résoudre à ne pas prendre le départ en raison d'une douleur au genou ...  


Murielle remplit mon sac de petits sandwichs au saucisson et au fromage ainsi que de pain d'épice . Je recharge mon camel-back qui est presque vide, je remplis mon verre en plastique de coca et m'alimente en pain, saucisson, gruyère, abricots secs et pruneaux . Il y a pas mal d'effervescence ici et de plus en plus de monde arrive . Il y a déjà une centaine de mecs et quelques nanas qui sont passés . 

Je repars en compagnie de Yannick, rencontré la veille lors du Trail Experience by Asics ... Nous sommes sur une belle piste forestière qui monte légèrement . Jean Laurent, le Sanglier, est là aussi . C'est courable mais je prends le temps de finir de grignoter en marchant . Une petite vérification du camel qui semble fuire et nous nous remettons à courir . On discute un peu, de l'Eco Trail qu'il a couru il y a 3 semaines, de la Montagn'hard qu'il organise ... mais je m'aperçois que le gaillard n'arrive pas à rester à mes côtés et qu'il se tient 2-3 mètres derrière . Tiens je suis vraiment bien aujourd'hui moi ! Je laisse finalement Yannick sur place en m'excusant presque  et finis ce long faux plat montant sans marcher, en doublant quelques concurants .

Puis le balisage s'enfonce sur la droite, sur un petit single en sous-bois . Je croise une fille en sens-inverse avec un dossard : " Ca va ? Tu es tombée ? " " Non , pubalgie ! " me répond-elle avec un accent slave . Je viens juste de passer vers un poste de bénévoles alors je la laisse les rejoindre ...

Le single est sympa, tout à l'ombre, mais très vite les choses sérieuses commencent . Ca regrimpe sévère et il n'y a plus de végétation pour se protéger du soleil .C'est la montée des Plaideurs .


Encore beaucoup de randonneurs mais cette fois dans le même sens que nous . lls nous cèdent gentimment le passage avec bien souvent un mot d'encouragement en prime . Je les remercie et plaisante avec certains : " Vous vous rendez-compte , on a payé nous !! " . Côté sensation ça va super et je reviens petit à petit sur tous les coureurs qui me précèdent . Pourtant je n'ai pas l'impression d'avoir tellement accéléré mais certain on dû partir un peu vite et/ou ne doivent pas aimer la chaleur . La température ne me dérange pas, bien au contraire . J'ai descendu jusqu'au nombril la fermeture éclair de ma combinaison pour aérer le moteur ! A proximité du sommet, je reconnais juste au dessus de moi la tenue et l'allure de Cathy Dubois . Je passe à côté d'elle et l'encourage . Je n'ai pas l'impression qu'elle se donne à fond mais je commence à me dire que je réalise une belle performance .  Cette nana, je l'admire, elle a quand même fini 52ème de l'UTMB en 28h30 et court la Saintélyon en tout juste 6h alors courir quelques secondes à ses côtés ... On se souhaite bonne fin de course et je continue mon bonhomme de chemin, motivé comme jamais . 

De nouveau sur la crête mais  en sens inverse de toute à l'heure . C'est une succession de montée et descentes courtes avec quelques passages bien techniques mais aussi une mono-trace où il est possible de courir .


Je ne m'en prive pas et c'est en courant que je passe au sommet du Pic des Mouches .


J'ai cru comprendre que je me trouvais aux alentours de la 60ème place et je me dis alors que je peux peut être rentrer dans le top 50, si ce petit truc qui me pousse depuis tout à l'heure reste présent . Le début de la descente est roulant et je constate avec joie qu'aucune douleur ne s'est réveillée, ni au genou, ni au mollet, ni au tibia !! La fin est plus pentue et plus technique et il faut faire gaffe car il est très facile de déraper .
En bas on distingue Puyloubier où se tient le second ravito . Ca me rappelle un peu les Templiers ici mais j'ai l'impression de mieux descendre qu'en octobre dernier . Pourtant ça ne va pas trop vite, je suis très prudent mais personne ne me double et je gagne même encore quelques places . En bas, le ravito se tient sur une grande place et il y a foule . Des touristes boivent une petite mousse sur la terrasse d'un bistrot et me font bien envie . Mais pour moi ce sera de l'eau  !


Je reprends du saucison et du fromage ainsi que des Tucs et des fruits secs sans oublier de boire un peu de coca . Murielle m'informe que Romain est passé il y a 10 minutes et que Vincent Delebarre il y a à peine 15' . C'est beaucoup et peu à la fois mais je me sens bien alors pourquoi ne pas revenir sur eux ??  Avant de partir je demande à Franck si il n'a pas un gel énergétique à me prêter, au cas où . Je commence à me dire que je vais me prendre un gros coup de moins bien d'ici peu alors je préfère assurer ....Un coup d'oeil dans son sac mais rien à me proposer . Heureusement j'ai glissé ce matin dans une poche un gel Maxim, au cas où ...

Je repars en courant, mais j'ai un petit point de côté . Faut dire que je suis en train de finir de manger, la bouche pleine et un petit sandwich dans chaque main . Alors je me remets à marcher pour ingurgiter tout ça tranquillement . Il y a un petit kilomètre sur route pour sortir du village et tout le monde court . Sauf moi ! Un trio revient à ma hauteur juste avant de repartir sur un chemin, direction ............ le Massif de la Sainte Victoire !


Ayant fini de grignoter, j'emboîte le pas des gars puis prends la tête du groupe . Et surprise quelques centaines de mètres plus loin, je suis à nouveau seul !! Je sais qu'il reste encore une grosse montée et d'après ma montre encore plus de 700m+ . Je gère très bien le pied de la côte, pas très dur au mileu des vignes . Je relance sans problème et le fait de revenir très rapidement sur les gars qui me précèdent me booste encore plus .

Arrive les premiers lacets et les pourcentages plus importants . Je prends mon rythme de croisière, encore et toujours sur mon petit nuage . Une petite crampe aux adducteurs de la jambe droite me refait descendre sur terre . Pas d'affolement, je croque un n-ième Sporténine et bois et rebois à la pipette . J'essaye aussi de pousser un maximum sur la jambe gauche dans les passages difficiles .

A la sortie d'un lacet, je reviens juste derrière la première fille . Elle est suivie comme son ombre par un gars  qui ne cesse de l'encourager et de lui dire quoi faire : "Relance !! Sers toi des bras !! Cours !! Allez, c'est plat maintenant ! Allez Hélène ! " .


Il se retourne et me demande si je veux passer . Mais non, je préfère rester derrière eux, le rythme est bon et je ne veux pas prendre de risque avec le début de crampes . La nana avance vraiment bien et nous revenons encore sur des coureurs . Un passage en balcon permet  de souffler un peu avant la fin de l'ascension . Je commence à ronger mon frein et j'ai bien envie de me tester un peu dans le final . Une petite tape d'encouragement sur l'épaule d'Hélène qui me laisse gentimment le passage alors que ce n'est pas très large et j'accélère un peu . Pour la première fois de la journée, j'ai les mains sur les cuisses et le buste légèrement sur l'avant . Ca brûle un peu dans les jambes mais il serait temps après presque 40 kms non ? Je laisse sur place ceux que je rejoins et sur le sommet, dans un passage hyper-technique dans les rochers, je vois Romain juste au-dessus de moi . C'est bon ça, on va pouvoir finir ensemble ! Je recolle à ses basques juste avant le passage au refuge Baudino . Il me dit qu'il est bouré de crampes . Heureusement j'ai encore quelques comprimés de Sporténine et je lui en passe un .

Nous plongeons ensuite dans la descente qui doit nous permettre de rallier l'arrivée . C'est le même tracé que ce matin mais en sens inverse ... J'ai laissé passer Romain devant, normalement meilleur descendeur . Mais il peste contre tous ces rochers et il ne semble pas pouvoir descendre bien vite avec ses crampes . Moi ça me va à cette vitesse, d'autant que je sens aussi les crampes pas loin . On en finit quand même rapidement avec la descente, et je me souviens que ce matin nous avons dévalé sur une centaine de mètre une descente bien raide . Donc logiquement en sens inverse ça grimpe sévère !! Pas loupé ! Un raidillon se dresse devant nous et qui vois-je en train de marcher juste devant ? Vincent Delebarre lui même !!
 

Je motive Romain qui semble de plus en plus en difficulté et lui dit de s'accrocher . Mais il a du mal à suivre et c'est tout seul que je rejoins le vainqueur de l'UTMB 2004 . Je m'inquiète de son état mais il me dit que ça va, pas de bobo, juste envie de dormir . Il me demande si j'ai vu une fille derrière et je lui explique que j'ai doublé la première il n'y a pas très longtemps . Et là, il me répond qu'il va l'attendre et finir avec elle !! Je continue, seul, et ralentit ensuite pour laisser revenir Romain . Je vois bien qu'il est au courage mais je le motive un maximum lui disant que c'est pas tous les jours que l'on va finir devant Delebarre et que l'on peut faire une place dans les 30 premiers . Il se crispe de temps en temps, victime de ces putains de crampes et je lui refile un comprimé . Au passage au dernier ravito en flotte, au Collet de Suberoque, je lui demande si il a encore de l'eau et apparemment oui . Alors nous ne prenons même pas la peine de nous arrêter, il ne reste que quelques kilomètres pour rejoindre Rousset . Erreur en fait !! La fin va paraitre bien longue et un litre d'eau en plus n'aurait pas fait de mal ...  L'antenne où nous sommes passés ce matin est en vue, droit devant . Mais le passage sur le plateau de Cengle ne m'avais pas paru si long en début d'épreuve . Ca devient un peu monotone  . Sans m'en rendre compte je distance régulièrement Romain et doit presque m'arrêter pour le laisser revenir . Je surveille derrière que personne ne nous rattrape, tout en continuant à encourager mon ami . J'ai presque mal pour lui tant il semble puiser dans ses dernières ressources . " Allez mon grand, courage !! Pense à l'arrivée, il va y avoir plein de monde pour nous acceuillir !! "  . Je pourrai aller plus vite mais je veux finir avec Romain . Je lui parle sans arrêt, le motive comme je peux mais je suis inquiet car ça revient de l'arrière . "Combien il reste de kilomètres ?" m'interroge Romain . " 2 bornes mon gars!  Allez !! " Mais au carrefour suivant, un dame, t-shirt jaune de l'organisation nous indique qu'il reste un peu plus de 4 kilomètres !!!  Merci pour lui !!! Je sens que mon pote va craquer ... Malgré tout on rattrape encore un gars, en train de marcher, mais en me retournant je vois que nous sommes sous la menace d'un retour imminant . " Vas-y Yann ! Laisse moi où on va se faire bouffer " ...

Et là je ne sais pas ce qui me prend mais j'accélére ...  Mon côté compétiteur, mis en sourdine depuis ce matin reprend le dessus ... Je sens bien que je ne pourrai pas tenir comme ça bien longtemps mais il doit rester à peine 3 kilomètres et ça fait 47 bornes que je le la joue cool ... Je passe à proximité du camion Asics où se trouve Pascal Balducci, le coach du Team . Il a suivi ma progression depuis ce matin et il me félicite au passage . C'est vrai que pour un gars qui n'a rien fait de l'hiver, qui reprend tout juste et qui ne voulait pas faire plus de 20 bornes, je suis pas trop mal  ... 

A nouveau la planche sur la petite rivière puis le passage en sous bois, un dernier concurant à doubler et je pénètre dans les ruelles de Rousset . Je cours, je cours, je cours ... jusqu'à l'arche d'arrivée que je franchis en 6h17'43", à une inespérée 28ème place .
 

Je retrouve Murielle qui est bien surprise de me voir déjà arriver ... Je me sens bien, presque frais malgré la chaleur ... Quelques minutes après Romain arrive en guerrier . Je l'attends derrière la ligne et nous nous donnons une franche accolade . Que d'émotions !!


La fin de la journée est, encore et toujours, que pur bonheur . Je retrouve Hervé Giraud-Sauveur, arrivé un petit quart d'heure avant ...


Ca fait plaisir de se revoir ! On discute un moment puis je pars à la douche . Ca fait un bien fou et je vous raconte pas la quantité énorme de sel qui dégouline le long du corps ... Avec Romain on en profite pour parler avec Seb Chaigneau, à poil dans les vestiaires !! En sortant Niko vient me voir et me félicite . C'est sympa mais c'est quand même lui le grand bonhomme de la journée avec sa 2ème place derrière l'intouchable Ludo Pommeret .


On prend ensuite le repas à la table du Team Asics . Le meilleur repas d'après course jamais vu, c'est certain . Un buffet de crudités, des salades de pates,de riz et de lentilles, des pois chiche, de la viande chaude, du fromage, des yaourts, des fruits, de la tarte aux pommes ... on se régale . Le Troll et le Sanglier nous rejoignent, l'ambiance est vraiment sympa et on a envie que cela ne s'arrête jamais . On assiste à la remise des prix et après un petit verre de pétillant offert par le Dingo de Kikourou pour son anniversaire nous reprenons la route du retour ...

Lisez aussi les récits de Romain, Niko, Pilou et du vainqueur du Trail de la Sainte Victoire (je vous préviens ça va plus vite qu'avec moi ...)

Prochainement une analyse détaillée de la course ... Je crois qu'il y a pas mal de chose à tirer de cette journée, riche en promesses pour les prochaines échéances . Je vous parlerai aussi du Trail Experience By Asics ...

 

Publié dans récits 2009

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Trail de la Sainte Victoire à chaud

Publié le par yanshkov

Une de mes plus belles journées de trail !! C'est ce que j'ai vécu hier lors du Trail de la Sainte Victoire (50km 2500m+) . Malgré les 3 mois d'inactivité en hiver et une reprise un peu chaotique depuis 3 semaines je ne pouvais pas annuler ce rendez-vous fixé de longue date avec Romain . Hier matin j'étais donc parmi les 400 coureurs à partir à l'assaut du massif de la Sainte Victoire avec l'idée en tête d'arrêter au premier ravito, après 20 bornes . Je suis donc parti très très cool en milieu de peloton, pratiquement rien dans le sac à dos si ce n'est de l'eau . J'ai bouchonné dans les premiers passages étroits, j'ai pris des photos et ne me suis pas inquiété en voyant la longue file de coureurs serpentant déjà au loin dans la montagne . Mais c'était tellement beau !! Je ne pouvais pas abandonner ! Je l'aurai tellement regretté ... Alors au 20ème kilomètre, j'ai pris le temps de bien manger, de remplir à fond le camel et de partir à l'assaut des 30 kilomètres restants . Et c'est là qu'a commencé ma folle chevauchée que je vous raconterai d'ici la fin de semaine dans un CR complet ...

Je vous raconte quand même la fin ?

Allez ...

28ème en 6h17'43" *

avec Ludo Pommeret vainqueur et Romain

* et même pas mal !!!

Publié dans courses

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