Templiers 2009

Publié le par yanshkov

Ou comment le simple fait de finir devient un exploit ...


Sur la ligne de départ ce dimanche matin je me sens bien . Avec Romain et Fred, nous sommes arrivés de bonne heure histoire d'être bien placés et d'éviter les bouchons . On retrouve sous l'arche Aurélien C, David U, Rémi, Cailloux ... La température est idéale et il fait meilleur que l'année dernière où un petit crachin tombait . Le temps passe rapidement avec les interviews des favoris puis le discours de Gilles Bertrand . Moi je suis cool, d'ailleurs peut-être un peu trop ... Et ce n'est qu'au début de l'Ameno d'Era que mon coeur s'emballe . 140bpm et le départ n'a même pas été donné !!

Les feux de Bengale déclenchent le départ des 2800 coureurs . Cette fois c'est bel et bien parti . Toujours aussi sympa la traversée de Nant avec la haie de spectateurs de chaque côté . Je remonte tranquillement vers l'avant avec un oeil sur le cardio pour essayer de rester entre 160 et 170bpm . On part sur la droite et commence la petite montée sur le goudron et là je suis surpris de voir que je recolle au groupe des cadors . Ouh là, va falloir calmer le jeu mon grand, d'autant que les pulsations montent maintenant un poil haut . Mais les sensations sont  bonnes et je décide de m'y fier . Romain est aussi à mes côtés, la journée ne pouvait pas mieux commencer, nous sommes en première ligne de la Grande Course des Templiers ! 

Premier chemin, le groupe s'étire un peu et je suis un peu moins à l'aise qu'il y a quelques minutes mais j'hésite à lever le pied . Ce qui est pris n'est plus à prendre alors je reste au contact du mec devant moi en l'occurence Vincent Delebarre (ah ouais quand même !) . Nous arrivons dans le gros raidard droit dans la pente où c'est marche obligatoire . J'essaye de ne pas trop forcer et je laisse passer quelques gars . Et là j'hallucine : Gilles Guichard, Aurélien Brun, Damien Vierdet puis Franck Bussière me passent . Je n'imaginais même pas qu'ils puissent être derrière moi . En haut ils repartent en courant, je les imite en passant devant Vincent mais je décide de ne pas m'accrocher, la route est encore longue et je ne me sens pas si bien que ça finalement . Mieux vaut temporiser jusqu'à Sauclières (15ème km) . 


Je fais pratiquement seul la longue traversée sur l'ancienne voie de chemin de fer et seul 2 coureurs me doublent, tranquillement en train de discuter . Apparement ils partent sur des bases de 7h donc pas la peine de m'accrocher . C'est bizarre de me retrouver seul après seulement une dizaine de kilomètres de course . J'aime pas trop ça et courir dans le noir non plus ! Je me répète intérieurement qu'il ne faut que je ne m'occupe que de moi ... J'arrive tout seul à Sauclières . Une petite tape amical à Franck qui vient d'abandonner victime de son genou et je traverse le village bondé de monde . Murielle et Rémy (Viala) qui font l'assistance sont là mais je ne m'arrête pas . J'attrape juste une petite bouteille d'eau à la volée . Alors que j'ai le sentiment d'être parti vite, je n'ai qu'une minute 30 d'avance par rapport à l'année dernière . A la sortie du village, je plonge vers le petit chemin sur la droite . Après quelques centaines de mètres le long d'un ruisseau l'ascension du St Guiral débute ...

Les sensations ne sont vraiment pas bonnes . L'année dernière, j'étais bien ici, je courais sans trop de problème, doublant un à un les gars devant moi . Mais cette fois-ci c'est moi que l'on double ! Je descends mes compressport Quad qui me gênent plus qu'autre chose, si bien que Christophe Boebion alias Bobchou qui est le premier d'une longue liste à me doubler s'imagine que je mets deux paires de manchons au niveau des mollets ! On se salue et il me laisse sur place . L'avantage à être doublé comme ça, c'est que j'ai le temps de voir tous les copains et de discuter (vite fait) avec eux !! En début d'ascension c'est David Uliana et Aurélien Colin qui me passent puis sur les crêtes je retrouve avec grand plaisir Patrick Gaucher puis Jean-Marc apparemment en grande forme . Tout me laisse à mon triste sort !! Un peu avant c'est Maud qui est revenue sur moi .


Elle pourtant si bavarde semblait très concentrée et je n'ai pas osé trop lui parler ... Elle gagnera la course en 7h26, objectif que je m'étais fixé cette année ! Pour moi l'objectif maintenant c'est de terminer . Je ne suis vraiment pas bien, les jambes ne répondent pas et je commence même à avoir du mal à courir "proprement" car mes chevilles se raidissent . Pas le top . Je me retourne régulièrement pour voir si Romain arrive mais parmi les dizaines de gars et les quelques nanas qui me doublent point de l'ami  Romain ... Au sommet du St Guiral, qui peine à sortir du brouillard et où un vent très froid souffle fort, j'ai 15' de retard sur mon temps de passage . J'attaque (le mot est fort) prudemment la descente qui suit, laissant passer encore du monde parmi lesquels Rémy Marcel . Je m'encquiers de l'état de son orteil mais il passe tellement vite que je n'entends pas sa réponse !! Dans la côte suivante, c'est Seb Gauthier, ex-coéquipier de duathlon à Mâcon qui me rejoint . Pour une fois je peux m'accrocher plus longtemps . Peut-être vais-je pouvoir rester à cette place un bout de chemin . On en profite pour discuter un peu de nos saisons respectives, lui est bien classé au TTN . Mais finalement mètre après mètre je suis décramponné ... Ce ne sont plus seulement les jambes qui flanchent, c'est aussi la tête . Pas que j'ai envie d'abandonner mais pas envie de forcer outre mesure . Le ravito de Dourbies n'est pas loin, allons-y tranquillement !! Un gars se retourne en me doublant et a l'air surpris : "Qu'est ce que tu fais là ?" Je ne le connais pas mais c'est vrai qu'avec le blog je  suis mondialement connu !!

Je remonte les ruelles de Dourbies en marchant mais grimpe les quelques marches d'escaliers menant au ravito en trottinant . Il y a toujours autant de monde ici, c'est génial ! Je ne m'arrête pas dans la salle réservée aux coureurs et je sors vite retrouver Murielle à l'extérieur, qui doit être un peu inquiète que je ne sois pas encore arrivé . Et ouais je pensais passer en 3h30 soit il y a 30 minutes !! Rémy me remplit mon camel et je prends le temps de changer de T-Shirt . Il commence à faire chaud, le soleil est présent alors ce sera bob-débardeur pour la suite . J'attends Romain qui ne doit pas être bien loin afin de lui proposer de faire la seconde moitié de course ensemble . Quand celui-ci arrive je vois bien que lui non plus n'est pas au mieux . Je le motive pour continuer, on va se faire une belle rando tous les 2 ! 

Nous laissons le ravito après presque 10' d'arrêt . Pascalou nous accompagne un moment et nous propose un sac pour ramasser les chataîgnes !!! Toute la montée vers la crête du Suquet se fait en marchant pas très vite . Je ne sais pas si c'est parce que je ne peux pas ou parce que je ne veux pas mais impossible de forcer l'allure . Beaucoup de coureurs nous dépassent sans que nous puissions prendre le pas . Un petit coucou à Cailloux qui nous laisse lui aussi en route ! Malgré tout je suis content d'être là . J'aime bien cette grimpée au-dessus de Dourbies, cette sensation de prendre de la hauteur ... même à 600m+/h ! Anne Valero, une des favorites au départ est assise sur le bas côté, à la sortie d'un lacet . Elle arrête ! Dommage pour elle, la suite est de toute beauté . 

Avec Romain on ne se quitte plus . Même s'il était mieux que moi dans la montée, il m'a attendu . Sur les crêtes, on court un petit peu même si la marche est notre principale activité ! Régulièrement on se "gare" pour laisser passer des concurrents . Cathy Dubois, flanquée d'une dizaine de mecs !!! nous passe puis un peu plus loin dans la descente sur Trêves c'est au tour de Kenza Pedrero de nous enrhumer à toute allure ! Dire qu'elles sont en 10 et 11ème position du classement féminin, énorme le niveau des nanas !! 

La descente sur Trêves me paraît interminable . J'ai mal aux cuisses et je commence à être un peu "bloqué" au niveau thoracique . Ca me le fait parfois, surtout quand je ne suis pas dans un grand jour . Heureusement le fait de savoir qu'il y a un ravito tout en bas me motive un peu . Dire que l'année dernière, il n'y avait rien à Trêves et qu'il fallait remonter à Causse Begon pour se ravitailler ! Je ne sais pas si j'aurais tenu le coup cette année ... 

Après une longue série de lacets en pleine forêt, nous retrouvons la route qui, toujours en descente, nous emmène à Trêves . Enfin, on aperçoit le pont et le chapiteau blanc dressé pour l'occasion . La remontée de la rue principale est difficile mais il y a tellement d'encouragements que je m'interdis de marcher !  Arrivé au ravito, je m'empresse d'ouvrir une ............... bière !! Oui mais sans alcool ! (la fête sera plus folle !!) puis je tape dans le salé : gâteau d'apéro, petit pain aux fruits secs, roquefort, gruyère . Je mange, en restant debout car je me dis que si je m'assois, je suis encore là ce soir . Rémi puis Pilou arrive à leur tour . Bien sûr ils sont surpris de nous voir là mais tous deux réalisent une belle course et sont pas loin du top 200 pour le moment . On échange quelques mots puis, rapidement ils reprennent la route .

 


Oh là, pour nous y'a pas le feu !! Nous partons quand même (après 15' de pause !) en compagnie de Pilou qui, mètre après mètre nous distance dans la côte suivante . Salut l'ami, bonne route ! 

Pour Romain et moi, la suite ressemble à peu près à ce que nous avons vécu depuis Dourbies . On marche, on se fait doubler régulièrement, sans que cela ne nous fasse le moindre effet . Seul changement, je suis en terre inconnue maintenant (mais sans Frédéric Lopez !) et j'aime bien ça aussi, découvrir au fil des minutes où je vais . Les 300m+ avalés en 35' (ça faiblit, ça faiblit ...) nous débouchons sur le Causse Noir . Il faudrait courir mais j'ai du mal à me lancer !! On a tellement pris un rythme tranquillou que j'ai l'impression de ne pas pouvoir forcer plus . Malgré tout je m'efforce à trottiner, lorsque le terrain s'y prête mais marche à la moindre montée . Il fait bien chaud et d'un coup je me rends compte que je n'ai aucune idée de l'heure qu'il est . J'ai l'impression que c'est la fin d'après-midi alors qu'en fait il est 13h30 !! Bon ben ça va, on a tout l'après midi devant nous !! 


Puis alors que nous passons à proximité d'une magnifique batisse plantée au milieu du Causse, une jolie petite blonde nous double, Romain et moi; alors qu'elle doit être à 8km/h  . Et là, on se regarde et on craque ! Un fou rire mémorable !! Si on nous avait dit ça ce matin en partant, on n'y aurait pas cru ! . Il reste moins de 20km et je sais que nous allons aller au bout . J'ai une pensée pour les 2000 qui sont derrière nous et qui ne sont pas encore arrivés . J'ai aussi l'espoir que Fred revienne pour que l'on finisse ensemble, ça serait tellement chouette .
Je suis bien mieux maintenant et c'est Romain qui a plus de mal . Des crampes commencent à l'envahir et nous nous arrêtons régulièrement pour le soulager . 

Après une belle descente hyper technique, nous retrouvons le parcours de 2008 qui doit nous conduire au dessus de St Sulpice . J'arrive enfin à suivre les gars qui me précèdent, c'est agréable ! Ainsi je suis quelques instants le groupe de Michel Sorine (Mr Saintélyon et LUT) mais je m'arrête pour attendre Romain, plein de crampes . Tiens au fait, moi je n'ai aucune crampe, c'est intéressant à noter ça (ne râter pas mon analyse détaillée au cours du mois de Novembre ...) . J'essaie de rassurer Romain, je lui dis qu'il ne reste qu'une descente avant Cantobre et qu'après c'est fini (ou capri je ne sais plus ... ) .


A notre rythme, le cheminement sur la crête est un peu longuet mais nous arrivons enfin dans la mythique descente . Je remets les Compressport Quad (il n'y a qu'en descente que je sens un effet positif, mais quel effet !!) et c'est parti . Franchement je suis surpris et content de l'état des jambes . Oh, je descends pas très vite mais je sens les cuisses encore bien solides . Mais mon pauvre Romain est perclu de crampes et je m'arrête régulièrement pour l'attendre et le motiver . 
Tiens ça fait 7h48 que nous sommes partis ... L'année dernière j'arrivais à Nant ! 


Voilà le ravito ! Pascalou est encore là, ça fait plaisir de le voir . Je laisse mon camel à un bénévole qui me propose de le remplir . Pendant ce temps je pioche sur les tables, toujours du salé . C'est drôle mais l'année dernière je n'avais envie que de sucré et je n'avais pas goûté au roquefort, alors je me rattrape cette fois !! 

Puis nous prenons la route . Romain est vraiment mal et il me dit même de partir . Je sens que je suis capable de me mettre à courir, de finir en boulet de canon mais à quoi bon . Romain a besoin de moi et on a dit qu'on finissait ensemble alors on finit ensemble . Yves Masson, le coach de Cathy Dubois et de Bicshow se joint à nous, et nous conversons pendant un petit bout de chemin . Après Cantobre, il y a plein de spectateurs et c'est parfois digne du Tour de France !! 
 


Ensuite, il faut grimper jusqu'au Roc Nantais . Pour nous c'est en marchant tranquillou, au milieu d'autres gars, comme si nous en finissions avec une longue rando (remarquez, c'est un peu ça non ?) . 


La descente finale se passe pas trop mal, en tout cas sans crampes et nous voilà à l'entrée de Nant . Nous passons sur le pont, ne reste plus que le petit raidard dans les faubourgs de Nant . On le passe en courant, faut finir sur une bonne note !!! Ces instants passent toujours trop vite mais on ne va quand même pas s'arrêter, on se traîne depuis plus de 8h !! Nous franchissons la ligne d'arrivée en 9h40' à la 383ème place . J'avais vraiment l'impression que nous étions plus loin !! Je passe récupérer mon T-Shirt finisher !! Il n'a pas la même saveur que l'année dernière, mais ce T-Shirt c'est mon objectif depuis 50km !! Je crois que je vais l'encadrer !!!  


Prochainement une analyse de ma course, ratée d'un point de vue sportif mais réussie humainement parlant et retour sur la saison 2009 et le programme 2010 ... Il y aura de quoi faire !!!

Jetez aussi un oeil au récit de Romain en cliquant .

Et pour finir une mention spéciale au Roi Carotte qui pour seulement 1' loupe son objectif de finir en moins de 8h mais qui se permet de nous mettre 1h40 minute dans les carreaux .... bon ben ça va !

Publié dans récits 2009

Pour être informé des derniers articles, inscrivez vous :

Commenter cet article

Cyril 12/11/2009 18:11


Merci pour ce CR, les vidéos sont appréciables, bonne récup

Cyril
Objectif ecotrail 2010
cyriloger.blogspot.com


curieux 07/11/2009 20:23


Slt yann, je viens de lire ton récit mais aucune allusion à la tache présente sur ton froc...peux tu nous en dire un peu plus sur ce débordement de plaisir est ce ça l'effet templiers??? Bonne
récup 


yanshkov 09/11/2009 19:38


Tu as l'oeil !!! Je dois donc une p'tite explication ... Pas vraiment un débordement de plaisir mais plutôt une petite vidange au départ, sans prendre le temps de laisser tomber les dernières
gouttes ....  !


Arthurbaldur 04/11/2009 13:25


Bon, on s'est encore loupé. Qu'est ce que tu veux aussi. Tu te mets devant au départ et même quand tu n'es pas dans un bon jour tu termines 2h20 avant moi ...
J'avoue qu'à l'arrivée j'avais surtout envie de me faire dorloter par les ostéo plutôt que de papauter avec mes semblables. Trop la flemme et puis le réseau mobile était complétement saturé. 


juju 01/11/2009 10:02


- Ah , la bonne vieille oppression thoracique. Celle la même qui me bloque trop souvent à mon gout.

- Je t'offre 50 points pour avoir placé le mot " perclu" dans ton CR.

- On se mettra notre race dans les monts d'or la prochaine fois (cabornis, nuits des cabornes, passemontagne, fast and furious trail )


eric 31/10/2009 20:48


super récit on s'y croirait !
génial Yann et merci à toi de nous faire partager ces instants de bonheur