Sur les Traces des Ducs de Savoie 2012

Publié le par yanshkov

1 an après ma première participation à la TDS (lire le CR ici), me voilà de retour à Courmayeur pour une nouvelle édition . Un peu déçu d'avoir raté le top 10 et de ne pas être passé par le Passeur de Pralognan en raison des risques d'orage en 2011, j'ai donc décidé en début d'année de retenter ma chance . Hélas le début de saison est chaotique avec 2 entorses de la cheville gauche et la forme difficile à trouver . Néanmoins depuis le début du mois d'Août, je retrouve espoir , la cheville a retrouvé toute sa mobilité et les sensations commencent enfin à être bonnes . Alors même si je manque de courses longues et de dénivelé, je suis finalement assez serein au moment de m'élancer pour les 114km et 7100m+ au programme . 

 

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Sur la ligne de départ, je suis au côté de David Uliana chez qui j'ai logé la veille et je retrouve avec plaisir pas mal de connaissances : Florian Racinet, Olivier Morin, Benoit De Préville, Bruno Durand, tous candidats au top 10 . Les minutes avant le départ s'égrainent en musique et l'enthousiaste organisatrice Catherine Poletti nous donne les dernières recommandations . Malgré la pluie qui devrait tomber d'ici 1h, l'atmosphère ne sera pas électrique et nous devrions faire le parcours dans sa totalité .

 

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A 7h, les 1465 participants sont lachés dans les ruelles de Courmayeur, sous les nombreux applaudissements de la foule et accompagnés par le tintement des cloches et le bruit de l'hélicoptère au-dessus de nos têtes . Je me retrouve tout de suite en tête de course au côté de tous les favoris (Guillon, Blanc, St Girons,Trivel,Sherpa,Le Saux) . Après 2 petits kilomètres sur route, nous laissons le bitume et attaquons sur notre gauche l'ascension du Col de la Youlaz . Je me surprends à courir au milieu des cadors alors qu'en 2011 j'avais opté pour la marche dès le pied . Thomas Saint Girons a pris quelques mètres d'avance mais il déplie ces batons et se met à marcher . Derrière la plupart l'imite dont moi . Je prends alors mon rythme de croisière sans me soucier trop de l'écart qui se creuse alors avec les gars devant moi . Je me retrouve au côté de Damien Trivel, un peu comme lors de la précédente édition . On discute un peu, échangeant sur nos différents déboires de la saison (le ménisque pour lui) si bien que nous atteignons presque sans nous en rendre compte le Col Chécrouit après 54' de course . J'ai presque 3' d'avance par rapport à 2011, tout va bien . Il commence à tomber quelques gouttes mais rien de bien méchant .

 

Le sentier menant au pied du col de la Youlaz permet de courir un peu mais la partie finale dans le pierrier est toujours aussi raide . Je mène un groupe d'une dizaine de gars, à mon rythme, jusqu'au sommet que nous atteignons après 1h44'45" de course , avec 1 minute d'avance sur les temps de 2011 . Je prends le temps de coincer les batons sur le côté du sac et de refermer mon gilet avant de m'élancer dans la descente vers la Thuile .

 

Cette descente n'est pas du tout technique, juste un peu boueuse et glissante au début dans les alpages . Pour une fois je me régale dans du dénivelé négatif, j'allonge la foulée sans me mettre dans le rouge si bien que je reviens et double rapidement un gros groupe d'une quinzaine de coureurs . Un espagnol m'accompagne et nous rattrapons un peu après Olivier Morin sur la route en lacets menant à proximité de la Thuile . Une légère crampe se déclenche au niveau de l'adducteur droit dans l'unique passage un peu raide et technique . Je m'empresse de croquer un sporténine que j'arrose d'une grosse gorgée de boisson . Tout rentre dans l'ordre rapidement . 

 

J'arrive à la Thuile (21km) après une très belle descente et avec environ 5' d'avance sur le timing 2011 . Cependant le ravitaillement a été déplacé et il faut faire quelques centaines de mètres supplémentaires dans les petites ruelles de la ville . Là encore il y a beaucoup de spectateurs, qui forment une véritable haie d'honneur . On m'annonce 10ème à l'entrée de la salle où se tient le ravitaillement (je suis en fait 13ème) . Je fais rapidement le plein de bidons avec de l'eau et de la poudre énergétique avant de repartir . 

 

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La suite du parcours passe par un grand parking vide où je cherche un peu le balisage puis dans un parc en sous-bois où nous zig-zagons à travers les arbres . L'ascension vers le Col du Petit St Bernard commence alors sur une large piste bien pentue . Je prends un bon ryhme, aidé par les batons que j'ai décroché du sac lors du ravitaillement . Je suis un peu étonné de ne pas voir de rubalise mais suis presque certain qu'il n'y avait pas d'autres chemins possibles . Je continue en me retournant régulièrement mais force est de constater que personne ne me suit . Pour je ne sais quelle raison, je m'obstine encore quelques minutes à grimper mais un peu plus haut je dois bien me rendre à l'évidence, je me suis planté quelque part ! J'envisage un moment de continuer en me disant que je retrouverai bien le sommet du Petit St Bernard plus haut (complètement con comme idée !) mais finalement je fais demi-tour et m'élance dans une descente à toute vitesse (meilleure comme idée !) . Et je retombe en bas sur une file de coureurs qui eux ont bien vu le balisage s'enfonçant dans les herbes hautes sur leur droite ... 

 

Moi qui me demandait comment on pouvait se perdre sur un trail, je le sais maintenant ! J'essaie de relativiser en me disant que les 20' perdues (quand même !) ne pèseront pas lourd après 16h de course . Et je commence alors à remonter quelques coureurs et revient rapidement sur Roland Terrier, croisé à plusieurs reprises sur des rassemblements Raidlgiht . Il est tout surpris de me voir et je lui explique brièvement ma mésaventure et lui demande en quelle position nous nous trouvons . A priori autour de la 50ème ...

 

Je laisse Roland et revient sur un petit groupe au moment d'attaquer une partie bien raide en forêt . Je reconnais Juliette,collègue du team, à l'arrière du groupe et je reste un moment dans son sillage . Elle est aussi toute surprise de ma présence . Je lui explique vite fait et lui demande si il y a des nanas devant . A priori non, Juliette mène donc la course des filles . Elle semble très bien puisqu'elle double les gars du groupe pour prendre la tête, je remonte avec elle histoire de ne pas m'endormir et prendre un faux rythme .

 

Nous retrouvons sur quelques mètres la route goudronnée du Col du Petit St Bernard avant de s'engager sur une piste roulante . Je laisse alors mes compagnons et en rattrape d'autres régulièrement . Jusqu'à présent le parcours est le même qu'en 2011 mais les organisateurs ont décidé de modifier le final vers le col pour éviter justement cette piste roulante . Donc rapidement le balisage part sur la droite, sur un petit single bien boueux et légèrement montant . Le col semble encore bien loin et bien haut alors qu'il ne reste normalement pas beaucoup de kilomètrres pour le rejoindre .

 

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Nous contournons le Lac Vernet par sa gauche, contrairement à l'année dernière où nous l'avions survolé par la droite . Devant nous se dresse alors un véritable mur pour rejoindre le Col du Petit St Bernard .

 

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Je grimpe doucement , en essayant de ne pas y laisser trop de force, la route est encore bien longue . En haut, je retrouve ma mère, André et nos amis d'Arêches Jean-Robert et Danielle . Je peux les rassurer au passage car ils se faisaient du souci de ne pas me voir arriver . Je fais le plein des bidons et bois une petite soupe avant de partir à l'assaut de la longue descente vers Bourg Saint Maurice . 

 

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Pour le moment je suis dans le timing prévu si je tiens compte de la vingtaine de minutes perdues à la Thuile et du rallongement d'environ 2km engendré par la modification de parcours . Je fais une bonne descente à travers le brouillard et rattrape encore quelques mecs . Je rejoins le suisse Candide Gabioud, très bon coureur de montagne et qui n'est autre que le frère de Jules-Henri, vainqueur entre autre du Tor des Géants 2011 . Je fais un bout de chemin dans son sillage, au moment où la descente est plus technique et plus raide . Je ne suis pas au top dans ce genre de passage et 2 coureurs plus à l'aise en profitent pour me doubler . Mais la partie finale menant à Bourg Saint Maurice est beaucoup plus à mon avantage et je maintiens un excellent rythme sur les 3km assez plat menant au ravitaillement . L'année dernière, j'avais très mal négocié ce passage, sous la canicule, en étant obligé de marcher par endroit . Alors quel pied d'aller relativement vite et de doubler encore et encore des concurrents ! J'arrive au ravitaillement après 5h45 de course et 46km . 

 

Je retrouve mon assistance . Je m'assois, André remplit mes bidons pendant que ma mère s'occupe d'épingler mon dossard sur un maillot sec . Moi je mange une tranche de jambon et 2 pommes de terre vapeur avant de remplir mes poches avec des barres et des gels . Il y a beaucoup de monde et un peu trop de coureurs à mon goût à ce ravito . Et ouais, l'année dernière j'étais passé en 14ème position ici alors que là je suis 49ème ...

 

Je repars avec un nouveau maillot manches longues et doit présenter mon sac à la sortie du ravitaillement pour un contrôle du matos obligatoire . En fait les gars ne contrôlent que si nous avons bien téléphone portable (oui chef !), coupe-vent (oui chef !!) et maillot première couche (oui chef !!!) . Je peux enfin partir à l'assaut du Passeur de Pralognan, 1900m au-dessus de nos têtes . Les jambes répondent bien dès le début de la grimpée et je me dis qu'à ce rythme je vais pouvoir gagner encore pas mal de places au classement . Je grignote d'ailleurs encore 5 ou 6 places dès le pied . Mais l'euphorie est de courte durée et je n'arrive hélas pas à maintenir la cadence . Quelques coureurs que j'avais laché plus bas reviennent dans mon sillage, c'est pas bon signe . En plus j'ai un peu chaud avec mon maillot manches longues et je transpire beaucoup . J'essaie de rester motivé et de ne pas trop cogiter . Un peu plus haut nous sortons de la forêt et nous avons une vue bien dégagée sur le long chemin bien raide menant au fort de la Platte . Il y a une belle file de coureurs et je reconnais l'allure de mon copain David U . Il n'a pas l'air au mieux et je le rejoins alors que nous atteignons le fort . Nous échangeons quelques mots et je continue sur ma lancée . Le brouillard est présent et il ne faut pas trop mollir sous peine d'attraper froid . 

 

Le passage qui suit est bien le plus sauvage du parcours . Dommage qu'il ne fasse pas très beau pour contempler le décor . Je trottine à mon rythme sur le petit sentier menant à la partie finale vers le Passeur de Pralognan . La pente se redresse alors mais le sommet est atteint assez rapidement . Un petit coucou à François Hivert qui, blessé, ne participe pas mais est venu donner un coup de main à l'organisation et je plonge en direction du Cormet de Roselend .Le passage est très raide, heureusement qu'il y a des cordes pour s'accrocher . Je ne prends pas de risques inconsidérés et préfère assurer la descente . Tout en bas, le ruisseau et la piste menant au Cormet apparaissent minuscules . Pour autant j'ai vite fait de les rejoindre et j'avale les 2 derniers kilomètres sur un bon rythme de course . J'arrive au ravitaillement après 9h25 de course en 42ème position . Je suis bien loin de mes prévisions avec près d'1 heure de retard sur le timing ...

 

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Ma mère et André m'attendent et je leur dis de ne pas trop stresser, je vais prendre le temps de bien m'alimenter (fruits secs salés, pommes de terre, jambon) et de changer à nouveau de maillot . J'aperçois Florian Racinet qui est malheureusement contraint à l'abandon sur blessure et j'échange quelques mots avec Thierry Bochet, vainqueur de l'Ultra Tour du Beaufortain en 2010 . 

 

André m'accompagne à l'extérieur de la tente puis reste à mes côtés sur la piste menant aux alpages du col de la Sauce . On discute un bout en marchant puis il me laisse attaquer le col . J'alterne trot et marche suivant les endroits en essayant d'être le plus économe possible . Le but maintenant est de rejoindre Chamonix, j'ai fait une croix sur le top 20 et sur une arrivée avant minuit . Le col de la Sauce est atteint sans encombre et je plonge direction le fameux passage du Curé . C'est drôle, j'ai l'impression d'être un peu plus à l'aise dans les parties caillouteuses que l'année dernière . Faut dire que mes chaussures Team R-Light 001 amortissent vraiment bien, j'apprécie ! Par contre avec la pluie et l'eau dans les chaussures, mes pieds glissent sur l'avant et je commence à avoir bien mal au niveau des pouces .

 

Un hélicoptère surgit de nulle part et vient briser le silence des montagnes pendant quelques instants avant de disparaitre derrière les falaises . Le sentier menant au refuge de la Gitte que je peux voir tout petit en contre-bas est boueux et très glissant . J'ai l'impression d'être sur des skis mais je m'en sors pas trop mal, sans tomber . Je croise Muriel U qui monte chercher David et je lui dis au passage que j'espère que la veste de finisher est jolie ! C'est sûr pour le moment je compte bien arriver au bout .

 

Néanmoins, je prends le temps de remplir mes bidons à la fontaine de la Gitte et de me rafraichir un peu le visage . J'entends qu'on annonce la première féminine et effectivement je vois Agnès Hervé arriver . Je lui demande où est Juliette et elle me répond qu'elle la doublée il n'y a pas très longtemps . Je lui emboite le pas mais Agnès s'écarte pour me laisser passer . C'est gentil mais je n'ai pas les jambes pour aller plus vite qu'elle et je lui dis que son rythme régulier me va bien . En plus avec Juliette en chasse derrière, je ne vais quand même pas lui donner un coup de main ! Nous faisons une bonne montée et mes jambes vont encore pas trop mal . Mais alors que la pente s'adoucit pas mal et que nous retrouvons une large piste, je ne peux suivre la cadence d'Agnès . Moi qui suis normalement à mon avantage sur ce genre de relief, rien ne va plus .

 

La pluie fait une nouvelle fois son apparition et je me couvre alors de ma veste Top Extreme . Je reviens sur Agnès qui s'est elle aussi arrêtée s'habiller alors que les gouttes sont de plus en plus insistantes . Cette fois c'est une grosse averse à laquelle nous avons droit . Le sentier se transforme rapidement en rivière et il est presque impossible de ne pas y tremper les pieds . 

 

Le ciel est complètement noir et la nuit semble bientôt là . Ca me fout un bon coup au moral, moi qui espérait rejoindre les Contamines de jour et n'avoir que la descente du Tricot à faire de nuit . Mes pieds sont trempés et une petite gêne à l'aine commence à me titiller . De plus les coureurs qui m'accompagnaient jusque là m'abandonnent ... Quasiment d'un coup, je perds toute motivation . Je ne cours plus et je commence à avoir froid aux mains . Chamonix semble bien loin et penser qu'il me faut encore près de 6h pour rejoindre l'arrivée me met un gros coup derrière la tête . J'ai envie que tout s'arrête et lorsque Juliette me double, je lui annonce que j'arrête au Col du Joly . D'autres coureurs me rattrapent dont Roland . Je suis frigorifié et tremblant, faut vraiment que ça s'arrête . Il fait de plus en plus nuit et avec le brouillard il est impossible d'apercevoir la tente du ravito . Heureusement il y a de la musique bien forte qui m'indique que je suis proche de la délivrance ... Je vois enfin des lumières, ça y est, je vais pouvoir me réchauffer !

 

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Il est 20h30 et ma TDS est terminée, après 82km et 5435m+ . J'ai trop froid et je mets quelques longues minutes avant de me réchauffer . David arrive à son tour, dans un état pire que le mien . Il abandonne lui aussi ici et est très vite pris en mains par les gentilles bénévoles . Une fois réchauffés, nous profitons des 4x4 de l'organisation pour rejoindre la famille aux Contamines puis filer prendre une douche bien chaude à Chamonix ...

 

Je suis évidemment très déçu de l'issue de ma course même si je peux me consoler en me disant que près de 57% des coureurs ont abandonné sur cette édition très difficile . Il y a bien sûr cette erreur de parcours qui me coûte cher mais je ne crois pas que j'aurais atteint l'objectif de finir avant minuit et dans le top 10 avec les jambes du moment  . Là encore pour me consoler, je me dis que je ne suis pas le seul à m'être trompé ce week-end puisque notre champion du monde Erik Clavery a lui aussi fait un peu de rab sur la CCC . Comme quoi ça arrive aux meilleurs !!

 

A l'image de mes collègues de Team, Juliette, finalement 2ème sur la TDS, Maud et Augustin 2ème et 5ème sur la CCC (compte-rendu du team Raidlight), j'aurais bien aimé faire un podium pour faire plaisir à tous ceux qui nous soutiennent via les rassemblements et la plate-forme Raidlight . Mais la saison n'est pas finie, loin de là, et je compte bien la clôre de la plus belle des façons ! 

 

Pour finir un grand merci à ma maman et André pour leur soutien, à la famille Uliana pour l'accueil, à Clément, mon team manager de choc, à Rémy et ses mains d'or, à Thomas Leparquois pour les séances de proprio, à René Sornet pour ses semelles magiques et à tout ceux qui me suivent de près ou de loin .

 

Et un grand bravo à tous les participants aux courses de l'UTMB . Mention spéciale à François D'Haene et petit message en passant : je compte bien m'entraîner plus souvent avec toi  !! 

 

MES TEMPS DE PASSAGES 

 

CLASSEMENT DE LA TDS


Publié dans courses

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agnès 08/09/2012 13:14


arrrffff avec la pluie et le vent, je n'avais pas bien compris ce que tu me disais sur ton erreur de parcours, je comprends mieux maintenant :( Je vois ou tu t'es planté, on a failli faire la
même avec Guillaume, mais on a rebroussé chemin à temps... Sinon, j'avais juste peur de te ralentir dans la montée, vu que je connaissais ton niveau ce n'était pas pour profiter et distancer
ainsi Juliette ;-))))))


 


Récup bien Yann et je suis certaine que cela va repartir sur la prochaine, comme tu le fais toujours.


 


bises


 


agnès TO


 


 

Will 05/09/2012 14:01


Tout ce qui ne tue pas, rend plus fort… !!
Bravo à toi, d’avoir bravé ces conditions vraiment difficiles. Décidément, ça doit être tendance de ce planter de direction, moi c’était sur le TGC.
Bonne récup.
A+


Will